Une Grammaire du Ñyqy
Un détail de la langue construite prototype du Ñyqy, et une rapide description de son peuple et sa culture

Table des matières

Propos préliminaires

Avant-propos

La redistribution ou vente de ce document sont strictement interdits. Ce document est protégé par la loi française sur le droit d’auteur et appartient entièrement et totalement à son auteur. Ce document est un document disponible gratuitement au format web et PDF sur mon site web1. Si vous l’avez obtenu depuis une autre source, gratuitement ou non, merci de m’en faire part en me contactant via mes réseaux sociaux ou par mail que vous trouverez sur mon site principal2. Aucune personne, morale ou physique, n’est à l’heure actuelle autorisée à redistribuer ces documents. Si vous êtes intéressés par une redistribution de ce document, je vous invite à rentrer en contact avec moi afin que l’on en discute.

Ce document traite d’une langue imaginaire que j’ai créé. Cependant, il sera rédigé comme s’il s’agissait d’une tentative de description de la langue par un linguiste travaillant dessus. Ainsi, si dans certains passages vous pouvez lire « mais plus d’études sur le sujet sont nécessaires » ou « cet aspect de la langue n’a pas encore été sujet à des analyses plus approfondies », comprenez par cela que je n’ai pas encore travaillé sur ou fini cette partie qui peut être sujet à des mises à jours dans le futur. Seul le chapitre actuel et le chapitre suivant seront rédigés en dehors de ce style.

Introduction sur le Ñyqy en tant que langue construite

Depuis plusieurs siècle déjà, la création de langues est une discipline ayant intriguée les Hommes, certains créant des langues dans des buts religieux, philosophiques ou idéalistes, tandis que d’autres n’en créent que dans un but artistique, que ce soit pour compléter une œuvre comme l’a fait JRR Tolkien avec ses diverses langues dont les langues elfiques pour compléter son univers présenté dans Le Seigneur des Anneaux, ou bien dans le but purement artistique de créer une langue pour la beauté du geste, pour l’œuvre que cette langue peut être en elle-même. Et parmi ces langues, deux groupes se distinguent : les langues a posteriori, qui sont des langues crées avec d’autres langues servant pour base, comme c’est le cas de l’Esperanto ou du Elefen, ou bien qui sont créées a priori, c’est à dire sans aucune base au préalable autre que des connaissances linguistiques suffisantes pour pouvoir créer une langue, comme pour le Klingon de l’univers de StarTrek.

Durant ces dernières décennies, aidés par l’avènement d’internet, les créateurs de langues, auquel on se réfère par « idéolinguistes », ou « conlangers » dans la langue de Shakespeare, ont pu se fédérer, échanger, et améliorer leur art tout en le propageant. Et à l’heure actuelle, inspirés par des pièces artistiques comme la série télévisée « Game of Thrones », de nombreux idéolinguistes aspirent à créer une langue qui leur est propre, et qui apparaisse comme étant une langue naturelle. Pour cela, plusieurs solutions sont possibles : la création immédiate de la langue cible, puis d’une incorporation de règles aléatoires afin de simuler une langue naturelle avec ses irrégularités qui lui sont propres, ou bien créer une langue prototype de laquelle de nouvelles langues seront créées.

Le Ñyqy/ɴyħy/ n’a pas aspiration à être une langue ayant un aspect naturel. Il n’a pas non plus aspiration à être une langue particulièrement complète ou riche, il n’a pas aspiration à être parlé par des êtres formidables d’une série télévisée. Le Ñyqy/ɴyħy/ n’a qu’une aspiration : être une de ces langues prototypes, ou proto-lang, créée a priori, et sur laquelle reposeront d’autres langues ayant évoluées des bases que posera cette langue source. Quelques règles seront insérées afin de donner un semblant d’irrégularité ou de naturalisme au Ñyqy, mais ces règles resteront simples, à l’instar de ses autres règles grammaticales.

Introduction sur le Ñyqy

Toute langue dans notre monde vient de quelque part. Toute langue descend d’une autre langue, qui fut parlée fut une époque, et qui ne l’est probablement plus. Peut-être y a t’il eu un jour la première langue parlée au monde, ou bien peut-être a-t-elle apparu si lentement qu’il nous serait impossible de distinguer le moment où une première langue apparu réellement. Peut-être n’aurons-nous jamais idée de ce à quoi ressembleront les premiers sons émis par nos ancêtres, comment ils communiquaient entre eux.

Cependant, grâce aux langues actuelles et les langues disparues mais dont nous avons toujours la trace grâce à d’anciens documents, la linguistique moderne peut faire des rapprochement entre ces différentes façons de s’exprimer. Nombre de mes prédécesseurs et collègues mirent déjà en évidence des relations entre différentes langues, l’une étant sœur de l’autre, mère de l’autre et ainsi de suite. Ainsi, progressivement, un arbre généalogique des langues du monde se construit au fur et à mesure des recherches et découvertes, retraçant petit à petit l’histoire de nos différentes langues, leur parentés ; et cela nous donne également des indications sur les origines des peuples qui parlaient ces langues, de leur itinéraire sur notre globe durant les jeunes années de notre espèce.

Nous avons aujourd’hui un point où il nous est possible d’oser imaginer ce à quoi pouvait ressembler les formes les plus anciennes de civilisation grâce à l’une des plus anciennes langues qui nous soit connues, le Ñyqy/ɴyħy/, langue mère de plus de la moitié des langues du monde, parlée il y a entre huit et onze mille ans dans l’un des berceaux de notre civilisation. Plusieurs illustres collègues ont déjà travaillé sur cette langue et sur sa reconstruction, et ont fait des progrès fabuleux sur cette langue légendaire. J’ai moi-même pu assister certains de ces collègues dans leurs recherche. Cependant, cette implication m’a amené à une réalisation cruciale : jusqu’à présent, quelqu’un intéressé par le Ñyqy ne pouvait facilement accéder à un condensé des résultats des recherches existantes, présents en un unique ouvrage se présentant comme une grammaire technique de la langue. Ainsi, j’ai entrepris de le rédiger dans cet ouvrage dans l’espoir que cela facilite la tâche de mes collègues et futurs collègues dans leurs études de cette merveille qu’est le résultat de cette collaboration linguistique internationale s’étant étalée sur plusieurs siècles, aidés par les écrits survivants de la précédente Ère. Je suis pleinement conscient que ce document risque d’un jour être obsolète, et ce jour-là, une nouvelle version deviendra nécessaire. Je prie simplement pour que mes efforts puissent être à la hauteur des efforts déployés par mes collègues afin de découvrir tout ce savoir. 4Hje2lpel.

Conventions typographiques

Dans ce document seront utilisé certaines conventions typographiques, dont des gloses grammaticales interlignes3, une étoile * précédant des éléments linguistiques considérés comme erronés, un point d’interrogation ? afin de marquer des éléments linguistiques questionnables, ou bien dans les gloses une utilisation du chiffre zéro 0 afin de marquer une absence d’un ou plusieurs éléments.

Liste d’abréviations

Un certain nombre d’abréviations seront utilisées dans ce document en particulier lors de l’expression de relations grammaticales ou d’éléments grammaticaux. Il est donc important pour les personnes souhaitant étudier cette langue de savoir à quoi cela correspond. Voici une liste que je m’efforce à garder exhaustive des abréviations que vous pourrez rencontrer plus tard.

1
première personne
2
deuxième personne
3
troisième personne
ABS
absolutif
DAT
datif
ERG
ergatif
F
féminin
gp
particule grammaticale
IND
indicatif
IPA
Alphabet Phonétique International (International Phonetic Alphabet)
IRR
irréel
M
masculin
n
nom
nbr
nombre
NPST
non-passé
OBL
oblique
OPT
optatif
pron
pronom
PST
passé
SUBJ
subjonctif
vi
verbe intransitif
vt
verbe transitif

1 La culture, l’histoire, le contexte sociolinguistique du Ñyqy

1.1 Le peuple, son regard sur lui-même

Peu de choses sont connues sur ce peuple, du fait de sa distance avec nous, et du peu d’éléments dont nous disposons directement ou indirectement. Beaucoup de nos connaissances actuelles nous parviennent soit des écrits survivants de l’Ère précédente, soit de recherches archéologiques, soit de recherches linguistiques.

Le nom de la langue fut choisi par des linguistes de l’Ère ancienne, très probablement du fait de la signification du mot : « nous ». Il semblerait également que le terme ait été utilisé par le peuple Ñyqy/ɴyħy/ pour se désigner lui-même, mais nous disposons de trop peu de preuve permettant d’affirmer cela avec certitude. Le terme s’analyse en deux morphèmes basiques, ñy/ɴy/ et qy/qy/. Le terme ñy/ɴy/ est le pronom personnel du singulier, et qy/qy/ qui le suit a plusieurs utilisations, le chiffre 6 (le Ñyqy/ɴyħy/ est une langue dont le système numérique est un système hybride entre une base six et une base treize) ou bien la pluralité, ici infléchissant le ñy/ɴy/ afin de former la première personne du pluriel.

Il est à noter que le nom de cette langue est traditionnellement écrite en un seul mot, cependant et comme nous le verrons plus tard, il s’agit d’une mauvaise habitude : chaque élément peut être analysé individuellement et peut donc être considéré comme mots séparés, d’où la néographie « Ñy Qy » que certains de mes collègues utilisent, tentant de corriger cette erreur maintenant multi-centenaire. Bien que je salue leur initiative je continuerai de nommer cette langue « Ñyqy » dans cet ouvrage afin de suivre la norme et afin de ne pas désorienter les personnes n’ayant encore jamais rencontré cette néographie, et pour cela je présente mes excuses aux collègues sus-mentionnés.

Dans certains cas, d’autres s’y référeront en tant que « proto-Ñyqy », ou « proto Ñy Qy », mais cette dénomination est plutôt rare étant donné l’absence totale d’autres langues nommées « Ñyqy ». Ce cas ne se présente généralement que si le locuteur souhaite insister sur la nature de la langue comme langue mère de sa famille.

1.2 Recherches précédentes

Comme mentionné plus tôt, le Ñyqy est l’objet depuis fort longtemps de recherches linguistiques, tout d’abord par des linguistes ayant vécus lors de l’Ère précédente. Ces linguistes sont pour la plupars devenu malheureusement anonymes, leurs noms ayant été effacés par le temps ; seuls Jehhe Chorr Ovehhe et Airr Yndn Ovehhi peuvent encore être crédités pour leurs recherches sur le sujet. Les connaissances de tous ces linguistes d’un autre temps étaient possiblement bien plus vastes que ce que nous avons pu récupérer, probablement similaires à celles dont nous disposons aujourd’hui. Cependant, nous savons que seul peu de témoignages de cette époque ont pu nous parvenir, et que les restes de l’Université de Ðbńo relève du miracle archéologique.

Ces premières recherches, une fois traduites, ont servi de base aux deux derniers siècles de recherche en direction du Ñyqy, avec notamment les recherches du Pr Loqbrekh (3489) le siècle dernier qui a réalisé d’importants progrès sur l’étude de cette langue grâce à l’addition de l’analyse du Énanonn, ainsi que les études du Pr Khorlan (3598) qui, il y a cinq ans, a également énormément fait progresser les recherches grâce à ses travaux sur le Tãso. Je me reposerai principalement sur leurs recherches afin de rédiger cet ouvrage, ainsi que leurs références diverses.

1.3 Ethnologie

Les informations suivantes résument nos connaissances sur le peuple Ñyqy. Pour plus de détails, vous pouvez vous référer à l’ouvrage Le peuple Ñyqy du professeur K. Yerth, 3404. Un avertissement est tout de même nécessaire :

Nous n’avons que très peu de preuves et témoignages directs sur le peuple Ñyqy autre que par les ouvrages des scientifiques de l’Ère ancienne, et actuellement par les recherches linguistiques menées par des chercheurs contemporains à cet ouvrage. Par conséquent, même si les anciens paraissaient très confiants dans leurs découvertes, il nous est impossible de considérer nos connaissances comme des faits indéniables. La recherche actuelle sur ce peuple et les hypothèses et théories peuvent sembler très solides, mais à bien y regarder, elles ne le sont qu’entre elles. De plus, ces dernières se basent sur la supposition que les scientifiques de l’Ère ancienne ne se trompaient pas. Les seules bases tangibles auxquelles nous avons encore accès sont celles posées par la linguistique historique, mais hélas celle-ci se repose également fortement sur ces incertitudes que nous avons. Cependant, les informations en notre possession nous pousse à affirmer que notre savoir a une forte probabilité d’être fiable ; en effet, les scientifiques chez les Anciens sont réputés fiables et efficaces, et les théories actuelles sont majoritairement cohérentes entre elles.

— K. Yerth

Le peuple Ñyqy était un peuple vivant dans l’actuel Rhésode, plus précisément dans la vallée du Mojhal. Son cœur économique se situait dans le delta du fleuve Mojhal, où la première forme de civilisation connue est apparue. Leur activité principale était l’agriculture, en particulier sur la culture d’un grain pouvant être selon les sources du blé ou du riz, voire les deux. Dans le cas où seul l’un des deux était utilisé, il nous serait impossible de trancher ; les deux graines auraient très bien pu être plantées dans la région, et on retrouve dans les langues descendantes du Ñyqy des termes issus de eco/ɛt͡ʃɔ/ portant une signification ou l’autre, d’où la définition actuelle du terme « blé, riz, grain commestible ».

L’élevage était orienté principalement sur celui des vaches et des porcs. À nouveau, une incertitude plane cependant sur le terme qóñ/qɤm/ signifiant « vache ». Selon les recherches portant sur la faune théorique de l’époque, et au vu de la région tropicale soumise aux moussons, il est très probable qu’il s’agissait plutôt de buffles. Le terme qóñ aurait pris la signification de « vache » lors de la migration des peuples descendants vers le nord, domesticant alors plutôt les vaches que les buffles alors que d’autres peuples arrivaient dans l’ancienne zone occupée par le peuple Ñyqy. Cela pourrait expliquer pourquoi la reconstruction du terme pour buffle n’a pas été possible. Étrangement, aucune reconstruction d’un quelconque terme pour éléphant n’a pu être possible, alors que des fouilles ont prouvé que ces animaux vivaient dans la zone. Il est possible que le terme ait disparu du fait de son inutilité nouvelle dans les terres plus au nord.

Une importante activité d’échange fluviale s’était probablement déjà développée, ainsi qu’une activité de pêche dans la zone maritime de la vallée du Mojhal. En effet, un important vocabulaire lié au champs lexical de la navigation maritime et fluviale, de la pêche et des échanges commerciaux a put être reconstruit.

Suivant l’évolution des climats et le climat actuel de la région, il est également très probable qu’ils aient eu accès à l’une des forêts tropicales se situant dans cette zone, leur donnant un accès abondant en bois de qualité, très utilisé pour la construction de leurs bâtiments et de leurs outils, ainsi qu’à une vaste variété de végétaux dont des fruits et légumes qui leur aurait été possible alors de cultiver.

Le mode de vie était ainsi donc principalement sédentaire, et il semblerait que les familles vivaient ensemble sous le même toit, dans des maisons communales súmusq/suʀʊsq/ ; cela inclus tous les membres de la famille descendant de l’ancêtre commun le plus âgé, ainsi que leurs époux ou épouses respectifs. Ces maisons étaient principalement faites de paille et argile séchée pour ce qui est des murs tandis que le toit était possiblement un mélange de paille et de grandes feuilles séchées pour les maisons humbles, tandis que les maisons plus riches avaient probablement des tuiles d’argile. L’entrée n’était sans doute fermée que par un voile de tissu ; en effet, on retrouve dans beaucoup de langues descendantes du Ñyqy les termes pour « porte » et « tissu » descendants du terme séwe/søwɛ/.

Concernant le mariage, il semblerait qu’il n’y avait pas de tendance particulière quant à qui rejoignait la famille de qui parmi les familles représentant le bas peuple, composées principalement de paysans, d’artisans et de petits marchands. En revanche, il semble qu’il était bien plus fréquent pour les hommes de rejoindre la famille de leur femme une fois mariés si cette dernière était considérée comme riche ou importante, par exemple si il s’agit d’une famille de riches marchands ou une famille détenant un pouvoir militaire. On suppose également que le mariage était à l’époque uniquement monogame.

Dans chaque agglomération se trouvait au moins un temple où le peuple Ñyqy pratiquaient leur religion polythéiste. Il est cependant impossible de savoir s’il s’agissait de croyances liées à la religion qui dominait l’Ère ancienne. Les points communs de ces pratiques sont la vénération de plusieurs dizaines de dieux. De plus, la vénération des étoiles et du feu, ainsi que les dieux qui y sont liés semblent prendre une place beaucoup prédominante dans la vie quotidienne du peuple Ñyqy. Les lunes majeures Nuya et Norya sont également toutes deux importantes dans leur culture, régissant très probablement leur calendrier. Mais étrangement, comme pour toutes les langues de l’Ère Ancienne, il nous est impossible de retracer l’origine du nom de la lune mineure Lettri, tandis que Norya semble avoir été considérée comme mineure.

1.4 Démographie

Selon toute vraisemblance, le Ñyqy était parlé dans la vallée du Mojhal, dans l’actuel Rhésode. Bien qu’il soit quasiment impossible de déterminer la superficie maximale couvrant cette région, il est considéré prudent d’affirmer que la langue était au moins parlée depuis le delta du Mojhal, cœur économique de la région, jusqu’à son confluent avec le Lor ainsi que dans toute zone se situant à moins de sept lieues de ce tronçon du Mojhal. Cela représente une surface vaste, très certainement indicateur d’une unité politique tout du moins de la région, comme par exemple un royaume ou un empire. Cependant, l’hypothèses d’une continuité de petits royaumes ou États-cités dont la lingua franca était le Ñyqy reste une possibilité. Dans ce cas, cela indiquerait que le peuple Ñyqy était le peuple dominant économiquement ou politiquement dans la région. Les autres peuples théoriques vivant dans la zone d’influence du Ñyqy parlaient sans doute leur propre langue, mais ces dernières n’ont pas eu autant d’impact si ce n’est aucun d’un point de vue de l’histoire de la linguistique (possiblement au mieux des mots d’emprunts du Ñyqy, mais nous n’avons aucun moyen de le prouver), ce qui renforce l’idée que ces langues locales étaient marginalisées au profit du Ñyqy.

Bien qu’il nous soit impossible de connaître le type de relations qu’entretenaient le peuple Ñyqy avec ses voisins, il est tout à fait probable qu’ils aient été en guerre tout comme ils été amicaux avec certains de leurs voisins: en effet, des termes liés à la guerre, mais également aux échanges culturels, mercantiles et amicaux ont pu être reconstruits.

1.5 Corpus, reconstruction de la langue

2 Aperçu structurel

2.1 Esquisse typologique du Ñyqy

Le Ñyqy est une langue qui apparaît comme étant fortement analytique et isolationniste, reposant principalement sur sa syntaxe afin d’exprimer sa grammaire et très peu sur des règles morphologiques. La large majorité des mots sont monosyllabiques ou bisyllabiques, et les phrases s’articulent souvent autour de morphèmes liés monosyllabiques que l’on peut interpréter comme étant des particules grammaticales. Voici un exemple de phrase en Ñyqy avec sa traduction et son détail grammatical :

  1. ñe pom ñy/ɴɛ pɔʀ my/

    maison GEN 1sg

    C’est ma maison

  2. bú qi pim mo coq/bu qɪ pɪʀ mɔ t͡ʃɔħ/

    2sg deux pomme PST manger

    Nous avons mangé une pomme

  3. ñy qun gó/ɴy ħʊj ʢɤ/

    1sg OPT boire

    Je souhaite boire

Dans l’exemple n°1, nous pouvons remarquer l’absence d’un verbe « être », ce qui est un exemple des prédicats existentiels qui ne requièrent pas de verbe afin d’exprimer une possession. On peut également voir que l’élément définissant est situé après la particule génitive, tandis que l’élément défini se situe avant celle-ci. Il s’agit là d’un des nombreux exemples montrant que le Ñyqy est une langue dont la tête de ses diverses constructions grammaticales est finale et non initiale.

L’exemple n°2 nous montre la méthode utilisée en Ñyqy afin d’employer le duel : il s’agit d’affixer le nombre « deux » à l’élément que nous souhaitons infléchir. Ainsi, bú qi/bu qɪ/ peut être considéré comme le pronom personnel de la seconde personne du singulier infléchis afin de devenir le pronom personnel de la seconde personne du duel.

Le troisième exemple présente un exemple d’ordre basique des constituants d’une clause simple, où l’on peut voir une suite SV dans cette clause intransitive. On peut également remarquer la présence d’un morphème lié qun/qʊn/ dont le rôle est de marquer un mode pour le verbe, en l’occurrence l’optatif. Comme nous le verrons dans le chapitre 2.6.3, il s’agit de la méthode principale d’inflexion des verbes du Ñyqy.

2.2 Inventaire phonologique et translittération

La phonologie d’une langue est l’étude des sons qui la composent, ainsi que l’organisation et l’interaction de ces derniers entre eux. Cela a des conséquences importantes, comme la caractéristique esthétique sonore de la langue, ou bien les variations possible dans la prononciation de certains sons qui peuvent paraître naturelles pour les locuteurs natifs de la langue, mais pas nécessairement pour nous. Même si plus personne ne parle cette langue actuellement, il me semble important pour les étudiants de langues anciennes de pouvoir associer des sons aux divers mots et aux diverses phrases qu’ils rencontreront ; il s’agit d’une langue, après tout ! Dans ce chapitre, j’essaierai de présenter ce qui est connu de la phonologie du Ñyqy afin que l’on puisse se faire une idée de ce à quoi ressemblait cette langue lorsqu’elle était parlée il y a plusieurs millénaires.

2.2.1 Voyelles

Le Ñyqy est une langue disposant d’un total de huit voyelles individuelles ainsi que d’une neuvième voyelle, le schwa, apparaissant du fait de certaines contraintes phonétiques. Dans le tableau 1 vous trouverez la liste complète des voyelles de la langue, et dans le tableau 2 leur orthographe.

Tableau 1 : Voyelles du Ñyqy (IPA)
  antérieures centrales postérieures
fermées y   u
pré-fermées ɪ   ʊ
moyennes   (ə)  
mi-fermées ø   ɤ
mi-ouvertes ɛ   ɔ
Tableau 2 : Voyelles du Ñyqy (translittération)
  antérieures postérieures
fermées y ú
pré-fermées i u
mi-fermées é ó
mi-ouvertes e o

On peut voir avec l’arbre 1 l’organisation des voyelles dans le Ñyqy. On peut constater que le trait distinctif le plus important dans cette langue est si cette dernière est postérieure. À l’inverse, les voyelles n’ayant pour seule distinction que leur hauteur sont considérées comme étant proches les unes des autres.

Arbre des voyelles du Ñyqy

Figure 1 : Arbre des caractéristiques des voyelles du Ñyqy

Voici une description des voyelles du Ñyqy :

e
il s’agit de la voyelle antérieure mi-ouverte non-arrondie [ɛ] que l’on retrouve en Français dans « bête » [bɛt̪] par example.
é
il s’agit de la voyelle antérieure mi-fermée non-arrondie [e] que l’on retrouve en Français dans « été » [et̪e] par exemple.
i
Il s’agit de la voyelle antérieure pré-fermée non-arrondie [ɪ] que l’on retrouve en Anglais comme dans « bit » [bɪt].
o
Il s’agit de la voyelle postérieure mi-ouverte arrondie [ɔ] que l’on retrouve en Français dans « sort » [sɔːʁ].
ó
Il s’agit de la voyelle postérieure mi-fermée non-arrondie [ɤ] que l’on retrouve en Gaélique Écossais « doirbh » [d̪̊ɤrʲɤv] ou en Estonien « kõrv » [kɤrv].
u
Il s’agit de la voyelle postérieure pré-fermée arrondie [ʊ] que l’on retrouve en Anglais américain « hook » [hʊ̞k].
ú
Il s’agit de la voyelle postérieure fermée arrondie [u] que l’on retrouve en français avec « août » [ut̪].
y
Il s’agit de la voyelle antérieure fermée arrondie [y] que l’on retrouve en Français avec « dune » [d̪yn̪].

2.2.2 Consonnes

Le Ñyqy est une langue ayant une particularité intéressante : bien qu’elle dispose d’un total de seulement douze consonnes, elle dispose réellement approximativement du double dû à un effet de mutation des consonnes qui sera décrit plus bas. Vous pouvez retrouver l’inventaire total dans le tableau 3, les lettres résultant de mutations étant entre parenthèses. Vous trouverez également la translittération des consonnes non-mutées dans le tableau 4.

Tableau 3 : Consonnes du Ñyqy (IPA)
  bilablial alvéolaire labial-velaire palatal uvulaire pharygal
plosif p b       q ɢ  
nasal m n     ɴ  
tapé         (ʀ)  
fricatif   s z   (x) (ɣ) (χ) (ʁ) (ħ) (ʕ)
affriqué   t͡ʃ d͡ʒ        
latérale affriqué   (ɬ) (ɮ)        
latérale spirant   (l)        
approximant       (j)    
spirant     w      
Tableau 4 : Consonnes du Ñyqy (translittération)
  bilablial alvéolaire labial-velaire uvulaire
plosif p b     q g
nasal m n   ñ
fricatif   s z    
affriqué   c j    
spirant     w  

Le Ñyqy dispose également d’une hiérarchie entre ses consonnes basée sur des caractéristiques distinctives entre elles, à l’instar de ses voyelles. Vous trouverez dans l’arbre 2 l’organisation de ces consonnes.

Arbre des consonnes du Ñyqy

Figure 2 : Arbre des caractéristiques des consonnes du Ñyqy

2.2.3 Tons et accentuation

Étant donné l’ancienneté de la langue, il est extrèmement difficile de s’avancer sur la tonalité de la langue et son accentuation. Il est cependant très probable qu’aucune accentuation tonale n’existait en Ñyqy ; cette caractéristique n’apparaîtra que bien plus tard dans les langues de la région du Leshö, il y a deux mille ans.

Concernant l’accentuation non tonale, on suppose que celle-ci était rarement utilisée du fait de la quantité de mots monosyllabiques. Cependant, on suppose que les mots bisyllabiques et plus aient eu une accentuation pénultime, c’est à dire sur l’avant-dernière syllabe des mots, se traduisant généralement par une accentuation sur la première syllabe pour les termes bisyllabiques et sur la seconde syllabe des termes trisyllabiques. Il s’agit à l’heure actuelle de la théorie la plus probable concernant le Ñyqy pouvant expliquer une accentuation théorique qui, en suivant d’autre théories, serait beaucoup plus chaotique. Il n’empêche que certaines accentuations théoriques ne suivent tout de même pas cette théorie de la syllabe pénultime, comme par exemple coqec/t͡ʃɔħɛt͡ʃ/ (« Terre, monde, mortels ») dont l’accentuation portait très probablement sur la syllabe qec.

2.2.4 Translittération

Le Ñyqy était une langue exclusivement orale, sachant que les premiers systèmes d’écriture utilisés pour une langue de cette famille ne sont apparus que trois mille ans après la période d’existance théorique de cette langue. Ainsi, les linguistes préfèrent une transcription de la langue telle que celle utilisée dans cet ouvrage, représentant de façon quasi phonétique les paroles théoriques de cette époque. Il est toutefois à noter, comme cela sera expliqué plus bas (§2.5.2), qu’une même consonne à l’écrit peut représenter deux consonnes orales du fait d’un phénomène de mutation de ces consonnes. Afin de garder une orthographe cohérente, il a été choisi par consensus d’utiliser un unique graphème pour les deux prononciations possible d’une consonne. Ainsi, coqec peut être prononcé /t͡ʃɔħɛt͡ʃ/ ou bien /ɬɔqɛɬ/, mais reste dans tous les cas le même terme. Cela permet également au lecteur de plus facilement comprendre les textes et exemples en Ñyqy sans avoir à faire d’exercice mental trop important. Il est également beaucoup plus simple de retrouver la prononciation des mots Ñyqy depuis leur orthographe standard.

2.3 Phonotaxes

2.3.1 Structure syllabique

Une syllabe typique en Mattér se présente sous la forme (C)V(CC), avec au moins une consonne obligatoire soit dans l’attaque soit dans le coda, suivant les règles présentées ci-dessous. Ainsi, la syllabe la plus complexe possible en Ñyqy contient une consonne, puis une voyelle, puis deux nouvelles consonnes.

Comme cela a été mentionné ci-dessus, il est phonétiquement impossible en Ñyqy que deux consonnes de même qualité dorsale se suivent. Ainsi, s’il est théoriquement que deux consonnes soient adjacentes, la seconde consonne verra sa prononciation modifiée afin de rendre cette cohabitation possible. Cependant, il arrive qu’une fois mutées correctement, deux consonnes phonétiques soient adjacentes alors que les règles phonologiques du Ñyqy l’interdisent, ce qui résulte en un schwa ajouté entre lesdites consonnes. Ainsi, le terme cójm est prononcé /t͡ʃɤɮəʀ/ si la première consonne n’est pas mutée, ou bien /ɬɤd͡ʒm/ dans le second cas. Dans tous les cas, le terme ne change pas d’orthographe.

L’attaque peut être composée de n’importe quelle consonne ou bien être vide, ce dernier cas indiquant alors la présence d’une consonne dans le coda.

Le noyau de la syllabe peut être composé de n’importe quelle voyelle, exceptée une voyelle haute si la consonne précédente est une dorsale sonorante haute. Cela interdit donc les syllabes du type wy ou .

Les règles du coda sont également simples :

  • Les consonnes coronales ou hautes non sonorantes peuvent être suivies par des consonnes non coronales ou non hautes.
  • Les consonnes sonorantes, dorsales et hautes ne peuvent s’associer avec d’autres consonnes dans le coda.

Quelques règles se rajoutent aux règles précédentes pour les consonnes se trouvent entre deux syllabes différentes :

  • Les consonnes sonorantes et non-dorsales peuvent précéder toute autre consonne à la condition que ces premières fassent partie du coda de la première syllabe.
  • Si deux consonnes coronales non-dorsales se suivent, la seconde prendra le voisement de la première. Si après cela, la seconde consonne se retrouve identique à la première, alors la seconde devient silencieuse et la première devient géminée.
  • Dans les autres cas, si une règle du coda est applicable entre la dernière consonne de la première syllabe et la première consonne de la seconde syllabe, la prononciation est conservée.
  • Si les règles précédentes ne s’appliquent pas, il est supposé qu’un schwa est ajouté afin de pouvoir rendre la syllabe prononçable.

2.4 Structure des mots

2.5 Processus phonologiques et morphophonémiques principaux

2.5.1 Allophonie

2.5.2 Harmonie des consonnes

Les consonnes du Ñyqy suivent une règle stricte, interdisant deux consonnes dorsales de se suivre, idem pour deux consonnes non dorsales, même séparées par une voyelle ou faisant partie de mots différents. Seule une pause dans l’élocution bloque ce processus. Ainsi, on a les règles formelles suivantes:

  • C[+dor] / C[+dor]_ > [-dor]
  • C[-dor] / C[-dor]_ > [+dor]

Cette règle permet de gérer la proximité de deux consonnes similaires en changeant la seconde consonne qui doit alors changer sa qualité afin de se soumettre à la règle. Sa qualité haute ou coronale se reflète également lors du changement de qualité dorsale de la consonne, la qualité haute ou coronale étant considérées comme équivalentes en Ñyqy. Vous pouvez voir la table 5 qui récapitule les mutation des consonnes du Ñyqy dû à cette règle. Ce tableau est issu de l’organisation de l’arbre des caractéristiques distinctes des consonnes du Ñyqy (figure 2) présenté plus haut, dans le chapitre 2.2.2.

Tableau 5 : Table de mutation des consonnes du Ñyqy
[+dor] originale [-dor] mutée     [-dor] originale [+dor] mutée
q ħ     p χ
ɢ ʕ     b ʁ
ɴ m     m ʀ
t͡ʃ ɬ     n j
d͡ʒ ɮ     s x
w l     z ɣ

Ainsi, la phrase ñe pom qy/ɴɛ pɔʀ ħy/ ne se prononce pas */ɴɛ pɔm qy/, et la phrase qi bú pim mo coq/qɪ bu χɪm ʀɔ ɬɔq/ se ne prononce pas */qɪ bʊ pɪm mɔ t͡ʃɔq/.

2.6 Classes de mots

2.6.1 Noms

Les noms en Ñyqy se réfèrent généralement à des entités définies, comme des objets, des personnes, des concepts ou événements. Contrairement à beaucoup d’autres langues, et du fait de la nature très analytique de la langue, les noms ne supportent aucune caractéristique morphosyntaxique ; ils peuvent cependant s’associer à d’autres éléments du fait de leur nature, notamment grâce à des particules grammaticales.

2.6.1.1 La structure d’un nom
2.6.1.2 Dérivations
2.6.1.3 Inflexions
2.6.1.4 Noms comptables et noms indénombrables
2.6.1.5 Noms propres

2.6.2 Pronoms et clitiques anaphoriques

2.6.2.1 Pronoms personnels
2.6.2.2 Pronoms démonstratifs

2.6.3 Verbes

2.6.3.1 Structure verbale
2.6.3.2 Dérivations verbales
2.6.3.3 Inflexions verbales

2.6.4 Modificateurs

2.6.4.1 Adjectifs descriptifs
2.6.4.2 Quantifieurs non-numéraux
2.6.4.3 Numéraux

2.6.5 Adverbes

2.6.6 Adpositions

2.6.7 Particules grammaticales

2.7 Typologie de l’ordre des constituants

Le Ñyqy est une langue dont sa tête de groupes grammaticaux est généralement en fin du-dit groupe. On peut voir avec l’arbre 3 que la structure générale d’une phrase standard démarre avec des éléments divers liés à la clause principale s’il y en a, auxquels on se référera généralement en tant qu’éléments obliques. Ces éléments ne sont liés au verbe ni par une relation grammaticale ergative, ni dative, ni absolutive. Ensuite vient la phrase nominale ergative, précédant la phrase dative, elle-même précédant la phrase verbale, contenant une phrase nominale absolutive et le verbe de la phrase, le dernier élément d’une phrase ñyqy/ɴyħy/. Les sous chapitres suivants détailleront la composition de chacun de ces éléments.

Arbre de syntaxe basique du Ñyqy

Figure 3 : Arbre de syntaxe basique du Ñyqy

2.7.1 Ordre des constituants dans les clauses principales

En Ñyqy, l’ordre des éléments principaux de la phrase typique suit un ordre SV pour les phrases transitives et APV pour les phrases intransitives. Il est toutefois à noter que l’agent est nécessairement précédé par un élément datif. Il est cependant possible lorsqu’aucun élément datif n’est à mentionner d’utiliser le terme bóq/bɤq/ signifiant « rien, aucun ».

Il est également à noter que selon les recherches actuelles, rien ne nous laisse à penser qu’un autre ordre de ces constituants était possible en Ñyqy mis à par l’ajout d’autres éléments obliques en début de phrase.

2.7.2 Ordre des constituants dans les clauses verbales

2.7.3 Ordre des constituants dans les clauses nominales

2.7.4 Phrases adpositionelles

2.7.5 Comparatifs

2.7.6 Questions

2.7.7 Résumé

2.8 Structure d’un groupe nominal

2.8.1 Mots composés

2.8.2 Dénominalisation

La dénominalisation en Ñyqy se produit grâce au mot /sɤ/ signifiant « façon de faire ». En se préfixant à un nom, on obtient un verbe dont la signification est généralement en relation avec le nom d’origine. Par exemple, en associant le terme qéy/qøy/ à ce mot /sɤ/, on obtient le verbe qéysó/qøysɤ/ signifiant « chauffer, réchauffer, cuire ».

Similairement, il est possible de créer un adjectif depuis un nom via le terme coj/t͡ʃɔɮ/, signifiant « manière d’être » et qui est souvent comparé dans sa fonction grammaticale au comparatif. Ainsi, en associant le terme zum/zʊʀ/ (« mer, océan, ciel »), on obtient l’adjectif cojzum/t͡ʃɔɮɣʊm/ signifiant « bleu, aqueux ».

2.8.3 Nombres

2.8.4 Cas grammatical

2.8.5 Articles, déterminants et démonstratifs

2.8.6 Possesseurs

2.8.7 Classes (incluant le genre)

2.8.8 Diminution/Augmentation

2.9 Prédicats nominaux et constructions liées

2.9.1 Prédicats nominaux

2.9.2 Prédicats adjectivaux

2.9.3 Prédicats locatifs

2.9.4 Prédicats existentiels

2.9.5 Clauses possessives

2.10 Structure d’un groupe verbal

2.11 Clauses intransitives

2.12 Clauses transitives

2.13 Clauses ditransitives

2.14 Clauses de type dépendant

2.14.1 Non-fini

2.14.2 Semi-fini

2.14.3 Fini

3 Système fonctionnel

3.1 Relations grammaticales

Il existe de façon universelle deux types de verbes : les verbes intransitifs, et les verbes transitifs. Ces premiers ne prennent qu’un seul argument obligatoire, un expérienceur –noté « S »–, alors que les verbes transitifs prennent deux arguments obligatoires : l’agent –noté A– effectuant souvent l’action, et le patient –noté P– étant souvent l’objet affecté par l’action. Par exemple :

  • Je dors.

    Verbe intransitif, « je » est expérienceur S.

  • Je mange une pomme.

    Verbe transitif, « je » est agent A, et « pomme » est patient P.

Dans la majorité des langues du monde, et dans la quasi totalité des langues européennes (le Basque étant la seule exception), l’expérienceur et l’agent sont traités quasiment tout le temps à l’identique, formant le cas grammatical (souvent non marqué) s’opposant au cas accusatif marquant le patient, traité différemment.

À la différence des langues européennes, le Ñyqy est une langue dite « ergative » ; cela signifie que ses différents groupes nominaux ont une relation grammaticale envers leurs verbes basée sur l’association des expérienceurs et des patients, avec l’agent traité différemment. Ce premier regroupement S et P est alors appelé « cas absolutif » alors que le second est le « cas ergatif ».

Ainsi, comme nous le verrons dans le chapitre sur la syntaxe, l’élément absolutif restera en permanence en contact direct avec le verbe, tandis que l’élément ergatif les précédera, et pourra même être séparé du couple absolutif-verbe par des éléments datifs. Exemple :

  • ñy-0 qój/ɴy ħɤd͡ʒ/

    1sg-ABS dormir

    Je dors

  • ñy-0 pim-0 coq/ɴy pɪʀ ɬɔq/

    1sg-ERG pomme-ABS manger

    Je mange une pomme.

En revanche, le Ñyqy utilise un pivot nominatif entre ses différentes clauses. Cela signifie que l’élément persistant entre les phrases lorsqu’il subit une élision est l’élément correspondant au cas nominatif, soit l’argument S ou A du verbe. Exemple :

  • ñy-0 pim-0 coq. nócpi qój./ɴy pɪʀ ɬɔq nɤt͡ʃpɪ qɤɮ /

    1sg-ERG pomme-ABS manger. ensuite dormir.

    Je mange une pomme, puis (je) dors.

3.2 Constructions liées à la voix et à la valence

3.2.1 Augmentation de valence

3.2.1.1 Causatif
3.2.1.2 Applicatif
3.2.1.3 Déplacement datif
3.2.1.4 Datif d’intérêt
3.2.1.5 Possession extérieure

3.2.2 Diminution de valence

3.2.2.1 Réflexifs et réciproques
3.2.2.2 Passifs
3.2.2.3 Inverses
3.2.2.4 Constructions moyennes
3.2.2.5 Antipassifs
3.2.2.6 Démotion d’objet ou omission
3.2.2.7 Incorporation d’objet

3.3 Nominalisation

3.3.1 Nominalisation d’action

Le processus de nominalisation des verbes repose principalement, à l’instar de la grammaire Ñyqy dans sa globalité, sur une association desdits verbes avec un mot ayant ici un rôle de particule grammaticale. Ainsi, un verbe associé à /sɤ/ (signifiant « manière de faire ») en position affixe permet d’obtenir d’un verbe un nom utilisable comme tel. Par exemple, le verbe meqm/mɛqm/ (« parler ») s’associe en meqm só/mɛqm xɤ/ signifiant « l’acte de parler, prise de parole, annonce ».

3.3.2 Nominalisation de participants

3.3.2.1 Nominalisation d’agent
3.3.2.2 Nominalisation de patient
3.3.2.3 Nominalisation d’instrument
3.3.2.4 Nominalisation de lieux
3.3.2.5 Nominalisation de produit
3.3.2.6 Nominalisation de façon de faire

3.4 Composition (y compris l’incorporation)

3.5 Temps, aspect, mode

3.5.1 Temps

3.5.2 Aspects

3.5.3 Modes

3.5.4 Lieux/direction

3.5.5 Référence participante

3.5.6 Évidentialité, validation et mirativité

3.5.7 Divers

3.6 Structures marquées pragmatiquement

3.6.1 La morphosyntaxe de l’attention, du contraste et du sujet

3.6.1.1 Variation d’ordre des constituants
3.6.1.2 Négation
3.6.1.3 Actes de parole non-déclaratifs
  1. Impératifs
  2. Questions absolues
  3. Questions relatives

3.6.2 Particules contrastives et emphatiques

3.6.3 Motifs d’intonation contrastifs et emphatiques

3.7 Combinaison de clauses

3.7.1 Verbes de série

3.7.2 Clauses complémentaires

3.7.3 Clauses adverbiales

3.7.4 Enchaînement de clauses, clauses médianes et changement de référence

3.7.5 Clauses relatives

3.7.6 Coordination

3.8 Utilisation de la langue

3.8.1 Continuité (cohésion) et discontinuité

3.8.1.1 Continuité de sujet (référentiel)
3.8.1.2 Continuité de thème
3.8.1.3 Continuité d’action
3.8.1.4 Proéminence épisodique
  1. Apogée, point culminant
  2. Intensification

3.8.2 Genres

3.8.2.1 Conversation
3.8.2.2 Narratif
  1. Expériences personnelles
  2. Historique
  3. Histoires folkloriques
  4. Mythologie
3.8.2.3 Pressant
3.8.2.4 Procédural
3.8.2.5 Informatif
3.8.2.6 Descriptif
3.8.2.7 Élocution rituelle

3.8.3 Typologie lexicale

3.8.3.1 Espace, directions et déplacements
3.8.3.2 Causation
3.8.3.3 Valence
3.8.3.4 Prépondérance des caractéristiques sémantiques

3.8.4 Divers et conclusions

3.8.4.1 Expressions idiomatiques et proverbes
3.8.4.2 Symbolisme sonore
3.8.4.3 Découvertes typologiques

4 Annexes

4.1 Textes avec traduction interlinéaire

4.2 Nombres

Les locuteurs du Ñyqy comptaient dans un mélange de base 6 pour les unités et de base 13 pour le reste.

nombre nombre (représentation Ñyqy) Ñyqy
0 0 pe/pɛ/
1 1 mi/mɪ/
2 2 qi/qɪ/
3 3 /nø/
4 4 /ɢø/
5 5 co/t͡ʃɔ/
6 1-0 mi ñy/mɪ ɴy/ ou ñy/ɴy/
7 1-1 ñy mi/ɴy mɪ/
8 1-2 ñy qi/ɴy ħɪ/
9 1-3 ñy né/ɴy nø/
10 1-4 ñy gé/ɴy ʢø/
11 1-5 ñy co/ɴy ɬɔ/
12 2-0 qi ñy/qɪ my/
18 3-0 né ñy/nø ɴy/
24 4-0 gé ñy/ɢø my/
30 5-0 co ñy/t͡ʃɔ my/
36 6-0 pe ñy ñy/pɛ ɴy my/
42 7-0 mi ñy ñy/mɪ ɴy my/
48 8-0 qi ñy ñy/qɪ my ɴy/
54 9-0 né ñy ñy/nø ɴy my/
60 a-0 gé ñy ñy/ɢø my ɴy/
66 b-0 co ñy ñy/t͡ʃɔ my ɴy/
72 1-0-0 mi mó/mɪ ʀɤ/ ou /mɤ/
216 6-0-0 pe mó mó/pɛ ʀɤ mɤ/
864 1-0-0-0 mi si/mɪ xɪ/ ou si/sɪ/
1296 1-0-0-0-0 gec/ɢɛɬ/
7776 1-0-0-0-0-0 cójm/t͡ʃɤɮʀ/
46656 1-0-0-0-0-0-0 ñuñ/ɴʊm/

Comme vous pouvez le voir, afin d’exprimer des bases plus élevées, l’ordre de grandeur est répété afin d’ajouter cinq au multiplicateur, permettant ainsi une base treize pour ce qui n’est pas des unités.

Pour convertir en base dix un chiffre Ñyqy, voici comment faire : les unités sont conservées telles quelles, et pour chaque équivalent de dizaines, que j’appellerai sixaines, les multiplier par six à la puissance de son décalage par rapport aux unités. Par exemple le nombre <gé si co mó mó ñy qi> (/ɢe sɪ t͡ʃɔ mɤ ʀɤ my qɪ/) se décompose ainsi :

gé si/ɢø sɪ/ co mó mó/t͡ʃɔ mɤ ʀɤ/ ñy/ɴy/ qi/qɪ/
4×63 5×62 1×61 2×60
4×216 5*36 1×6 2×1
864 180 6 2

Ce qui donne donc 1052.

4.3 Références

5 Dictionnaire

5.1 B

/bu/
  1. (pron) deuxième personne

5.2 C

co/t͡ʃɔ/
  1. (gp.SUBJ.PST) marqueur pour verbes du subjonctif accomplis
  2. (nbr) cinq
coj/t͡ʃɔɮ/
  1. (gp) façon d’être, d’exister, comparatif qualitatif, équatif. Particule grammaticale, graphème lié, voir §2.8.2.
cojmuz/t͡ʃɔɮʀʊz/
  1. (adj) rouge, pourpre
cojzuj/t͡ʃɔɮɣʊɮ/
  1. (adj) noir, sombre
coge/t͡ʃɔʢɛ/
  1. (gp.SUBJ) marqueur pour verbes du subjonctif non-accomplis
cope/t͡ʃɔpɛ/
  1. (gp.JUS) marqueur pour verbes du jussif, marquant un souhait de la part du locuteur.
coq/t͡ʃɔħ/
  1. (v) manger
cójm/t͡ʃɤɮʀ/
  1. (nbr) marqueur de 1000006. Voir §4.2.

5.3 E

eco/ɛt͡ʃɔ/
  1. (n) grain commmestible, riz, blé

5.4 É

éc/øt͡ʃ/
  1. (gp.NEG) particule de négation
écésy/øt͡ʃøsy/
  1. (n) sans âme, personne vide, tristesse. Voir éc et wésy.

5.5 G

ge/ɢɛ/
  1. (gp.PST) marqueur du passé
gec/ɢɛɬ/
  1. (nbr) marqueur de 100006. Voir §4.2.
/ɢø/
  1. (nbr) quatre
/ɢɤ/
  1. (v) boire

5.6 I

5.7 J

jéq/d͡ʒøħ/
  1. (v) pousser, faire avancer

5.8 M

meq/mɛq/
  1. (n) parole, mot
meqm/mɛqm/
  1. (v) parler, expliquer, échanger oralement
meqmsó/mɛqmxɤ/
  1. (n) prise de parole, acte de parole, discours, oratoire
meqyjéq/mɛqyɮøq/
  1. (n) chuchotement, parole basse
  2. (v) chuchoter, litt. souffler une parole, voir meqm et syjéq.
mi/mɪ/
  1. (nbr) un
/mɤ/
  1. (nbr) marqueur de 1006. Voir §4.2.
muz/mʊɣ/
  1. (n) rouge, pourpre, fruit

5.9 N

/nø/
  1. (nbr) trois
nócpi/nɤt͡ʃpɪ/
  1. ensuite, puis, à côté, depuis

5.10 Ñ

ñe/ɴɛ/
  1. (n) maison
ñójb/ɴɤɮʁ/
  1. (n) oiseau
ñuné/ɴʊnø/
  1. (n) dieu terrestre, divinité, être supérieur. Voir aussi wéz.
ñuñ/ɴʊm/
  1. (nbr) marqueur de 10000006. Voir §4.2.
ñy/ɴy/
  1. (pron) première personne
  2. (nbr) six, marqueur des sixaines. Voir §4.2.
  3. (adj) beaucoup

5.11 O

/ɔɴ/
  1. (n) nez
oñsy/ɔɴsy/
  1. (n) odeur, litt. air du nez, voir et sy.

5.12 Ó

5.13 P

ne/nɛ/
  1. (nbr) zéro, rien
pim/pɪʀ/
  1. (n) pomme
pom/pɔʀ/
  1. (gp) particule génitive

5.14 Q

qéy/qøy/
  1. (n) chaleur
  2. (adj) chaud
qéysó/qøysɤ/
  1. (v) chauffer, réchauffer, cuire. Voir qey et .
qi/qɪ/
  1. (nbr) deux
qój/qɤɮ/
  1. (v) dormir
qóñ/qɤm/
  1. vache, buffle, bétail
qun/qʊn/
  1. (gp.OPT) particule grammaticale marquant l’optatif
qy/qy/
  1. (nbr) six, première sixaine. Voir §4.2

5.15 S

si/sɪ/
  1. (nbr) marqueur de 10006. Voir §4.2.
séwe/søwɛ/
  1. (n) porte, voile de tissu utilisé à l’entrée des maisons, tissu
sósy/sɤxy/
  1. (vi) vivre, respirer
/sɤ/
  1. façon de faire, manière de faire, d’agir. Graphème lié, voir §2.8.2.
súmusq/suʀʊsq/
  1. (n) maison communale
sy/sy/
  1. (n) air, vent, vie, souffle
syjéq/syd͡ʒøħ/
  1. (v) souffler (vent, respiration), expirer, litt. « pousser de l’air ». Voir sy et jéq.
syjéqsó/syd͡ʒøħxɤ/
  1. (adj) fraîcheur, froid, souffle, vent

5.16 U

5.17 Ú

újq/ud͡ʒħ/
  1. (n) puissance, force mentale, majestueusité

5.18 W

wéz/wøz/
  1. (n) divinité suprême, dieu céleste, être supérieur. Voir aussi ñuné.
wésy/wøsy/
  1. (n) souffle divin, âme, esprit. Voir sy et wéz.

5.19 Y

yc/yt͡ʃ/
  1. (n) eau douce, éther, vie, souffle divin
ycéjéz/yt͡ʃøɮøɣ/
  1. (n) magie, force divine. Littéralement « eau de la puissance divine », voir yc, újq et wéz.

5.20 Z

/zø/
  1. (pron) Pron.Pers.3.sg, il, elle
zój/zɤd͡ʒ/
  1. (n) chose, objet abstrait
zuj/zʊd͡ʒ/
  1. (n) nuit, noir, ombre

Notes de bas de page:

Auteur: Lucien Cartier-Tilet

Email: [email protected]

Created: 2020-02-17 lun. 00:49